En route pour l’enfer
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...Pendant ce temps, le batteur Didier Banon mitraille un boogie heavy avec son pote Gilbert "Folmotch" Valentin, flanqués des frères Patillon (basse et guitare). Ils dénichent un chanteur/harmoniciste plus âgé et charismatique, Jean Michel Poisson dit Spirou. Le projet s’intitulera On Tenter Hooks, OTH.
En 77, Hate accueille Dominique Villebrun à la guitare. Après le split ce dernier intégrera OTH avec Philippe Messina remplaçant par conséquent les frères Patillon. Le line up OTHien est définitivement constitué.

1er concert :

EN ROUTE POUR L’ENFER

La chose était assez surréaliste.
Une fille m’avait passé le mot : cet après-midi, le groupe de son frère se produirait gratuitement vers l’esplanade, sur le podium Midi Libre. L’année précédente, leur batteur me montrait quelques photos de répétitions, avant d’abandonner ses chères études. Ils n’avaient jamais joué auparavant et paraît-il, donnait dans le boogie et le hard d’Aerosmith.
Il ne m’en fallait pas plus.
Un combo killer existait donc dans cette ville où les concerts se comptaient sur les doigts de Django, et on allait le découvrir aujourd’hui même.
Place de la Comédie. Là où le Quick rassasie dorénavant les files d’attentes du Gaumont, se dresse, rouge et blanc, le podium du quotidien local, cerné par des badauds de tout poil. Déception. Même si dans le fond on aperçoit les silhouettes noires des amplis trois corps, la scène est occupée par un présentateur pailleté au brushing impeccable, convaincu de ses talents d’humoriste. Après des morceaux de bravoure du style "c’est normal, c’est normuld" ou "gentil d’être velu", et des nuées de casquettes jetées en pâture aux blaires avides, on est en droit de penser au canular. Finalement le bellâtre se met à table :
"Voici maintenant le groupe OTH, vous pouvez les applaudir, ce sont les rois du rock !"
Et cinq chevelus filiformes se pointent, guitares en main. Le zozo se sent obligé de poser quelques questions aux "musiciens". Ça donne à peu près Çà : Alors à la batterie nous avons... ?
- Didier !
- René à la batterie, on l’applaudit !
- Et à la guitare... ?
- (marmonné) Folmotch...
- Scrogneugneu ! HAHA, on l’applaudit quand même !
Mais d’un coup ça part. Le "professionnel" a juste le temps de s’esquiver que déboule un hard rock speedé au son diaboliquement sale. Le larsen vrille, on distingue à peine la voix du chanteur, rognée par une rythmique de panzer. Putain, on n’a jamais entendu un truc pareil. Habituellement, le hard rutile par trop aux entournures pour être réellement agressif. Mais ce cataclysme bordélique fait davantage penser au "Raw Power" stoogien fraîchement découvert, qu’aux heavy rockers bostoniens. Pourtant Motch peut faire penser à Joe Perry. Mais Spirou grimpe sur les colonnes de la maigre sono et éructe comme l’iguane. L’harmonica feule et sature. Les titres, étonnamment concis et rapides ne laissent que peu de place aux bravades instrumentales. On parvient néanmoins à distinguer quelques bribes :
"Je suis pervers,je suis sado,.je suis maso"
"Vous voulez du sang, vous voulez du sexe, vous voulez de la vengeance"

On en veut, nom de Dieu, qu’est ce qu’on en veut. Pour bon nombre d’entre nous, cette prestation tronquée est un véritable dépucelage auditif.
Intense et frustrant. Les plus âgés affichent un sourire de contenance, tentant de paraître blasés. La basse fait vibrer l’estomac et les bras frissonnent, quatre ou cinq chansons de plus et l’animateur vient interrompre le coït...
"Bravo aux OTH, ce sont vraiment les rois du rock !"
Et on se fait dessus... Cet après-midi aux abords anodins fut révélateur. Les commentaires allaient bon train, des superlatifs émerveillés aux vaseuses considération de pseudo musicos.
On tenter hooks, sur les charbons ardents, qu’ils s’appelaient les cinq types et ils faisaient du BRUIT, avec la hargne d’un tigre à la diète, ils allaient changer les choses, ils le devaient...
ET TOUT À COUP C’ÉTAIT POSSIBLE.
Certains me rétorqueront à juste titre que quelques groupes, notamment Keust avaient fait leurs premières armes scéniques avant cette date, mais je pense que la suite de l’aventure OTHienne constitue un argument valable pour considérer ce concert comme la première pierre de l’édifice rock
montpelliérain. Après tout ce temps, il me semble que le plus bel hommage local que l’on puisse leur rendre, n’est pas une compilation nostalgique, mais une borne, oui, une borne que l’on encastrerait à l’endroit précis où la Comédie se fond en esplanade, avec gravé dessus : "KILOMÈTRE ZÉRO".
Leur premier concert officiel eût lieu un mois plus tard au Pavillon
Populaire. Le canard annonçait en première partie "un fantastique et futuriste groupe punk, Les zizis aphones", en fait un gag fomenté par Alain Voyer le manager du groupe, le genre de type convaincu que culot et imagination étaient les deux seuls moyens de sortir la ville de sa torpeur. Pour cela il ne rechignait pas à mouiller le maillot et payer de sa personne, à l’inverse de bon nombre de théoriciens dont les palabres ne dépassaient pas les terrasses des bistrots.
OTH allait donc jouer, non pas dans une quelconque salle des fêtes de village avoisinant, mais bel et bien en centre ville dans une bâtisse ordinairement utilisée pour les expositions diverses et autres lotos de clubs sportifs. Exister et se faire entendre. Le simple fait était un événement. Quant à la réussite du concert, personne ne se faisait de souci, le pari étant pratiquement gagné d’avance. La semaine précédant le set, j’essayai de convaincre mes rélations, ne tarissant pas d’éloges et de dithyrambes sur le gang de la Croix d’Argent. Peine perdue, les amis demeuraient encore sceptiques et préféraient conserver leurs dix balles pour acheter un "Status Quo" ou un "Genesis". Un gropuscule local, pfft ! De plus, ils jouaient le soir de la finale de la coupe d’Europe de foot, pensez donc.
Je me retrouvai donc seul sans que mes convictions soient ébranlées, en train de faire le pied de grue dans le chambranle du pavillon, décelant les "zizis" en pleine balance. J’avais désormais choisi mon camp.
L’idée même du gag était révolutionnaire car, en ces temps solennels, personne ne pouvait concevoir une telle auto-dérision. L’humour provoc arrivait bien trop tôt pour le parterre de rockers émus, qui venait assister aux premiers balbutiements de sa ville. C’est donc devant un public circonspect, ne sachant s’il fallait rire ou huer, que les "zizis" ont accompli leur "performance". Voyer se trouvait derrière la batterie, cheveux plaqués, lunettes velvet et tee shirt PUNK de Kent Hutchinson. Deux autres zigues, dont un avec un sac à dos surplombé d’une ombrelle, tenaient respectivement basse et guitare. Ils ne savaient pratiquement pas jouer et massacraient "On nous cache tout, on nous dit rien" de Dutronc, se plantant tous les deux accords et s’arrêtant pour lancer des vannes lourdes comme des camions citernes. Voyer invectivait :
"Alors, vous êtes punk ou vous ne l’êtes pas ?" Mais le public restait indécis et ne saisissait pas trop. Too much too soon.
Les OTH attaquèrent et nous pûmes enfin jouir de la totalité de leur répertoire. Ovations, rappel sur rappel, tout fonctionnait à merveille, Voyer avait eu la pioche bonne. Une bande de copains solidaires comprenant deux guitaristes ombrageux, une assise rythmique implacable, un chanteur leader porte-parole, et voilà le groupe le plus teigneux de l’hexagone. L’histoire était en marche.
Les cinq squelettiques achevaient rageusement leurs premiers fans et la voix de Spirou s’élevait du brasier :
"La musique va s’arrêter les lumières vont s’éteindre
Le silence nous fera comprendre que nous devons partir
On s’est vendu de l’illusion
On a fait semblant de s’aimer
Une heure avec vous c’était vraiment court
Quand on est tout seul dans la vie
MAIS NOUS S0MMES DÉJÀ EN ROUTE POUR L’ENFER !"

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